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ENFUMAGE

Publié le par Stéphane GOMEZ

 

Habemus Papam. Nous avons un pape ! Enfin, nous avons un pape ! Enfin, car je n'en pouvais plus de l'attente. Je n'en pouvais plus de cette attente, pas celle de connaître le nom du 226ème successeur de l'évêque Pierre, je n'en pouvais plus de cette attente qui occupait, monopolisait, parasitait tous les media.

 

Depuis la démission / renonciation / disposition du droit à la retraite de Joseph, on aura eu le droit à peu près à tous les sujets possibles : la vie et la future mort de Benoît XVI, la dernière messe de Benoît XVI, l'avant-dernière messe de Benoît XVI, l'ante-pénultième bénédiction de Benoît XVI, l'arrivée du 1er cardinal électeur, l'arrivée du 2ème cardinal électeur, l'arrivée du 3ème cardinal électeur (attention, il y en a 115 comme cela), Philippe BARBARIN fait du vélo, la côte de l'archevêque de Lyon remonte chez les bookmakers depuis qu'il fait du vélo, tous les papabiles se mettent à faire du vélo, le conclave va s'ouvrir, le conclave s'ouvre, le conclave est ouvert, le conclave s'est ouvert, on installe une cheminée, la fumée doit en sortir à 16h et à 14h56 elle n'est toujours pas sortie, la fumée doit en sortir à 16h et à 15h29 elle n'est toujours pas sortie, la fumée doit en sortir à 16h et à 17h13 on peut vous confirmer qu'à 16h elle est bien sortie,…

 

On ne vit médiatiquement que de ça et par ça depuis plusieurs semaines, ça nous a même fait oublier la vague de froid, les gens bloqués sur les autoroutes parce qu'ils ne savaient pas que partir sans pneus neige, eau et couverture quand on annonce une tempête de neige ce n'est pas prudent et que même c'est de la faute du Gouvernement qui aurait du interdire la circulation avant pour permettre de neiger et que eux puissent passer après, on en oublie même que durant cette vague de froid il y a eu un SDF décédé…

 

Est-ce que l'élection d'un nouveau pape est un fait important ? Oui, bien sûr. Quelques soient sa philosophie et croyance religieuses, quelque soit son rapport à la laïcité, on ne peut pas nier l'importance historique, sociale et même politique du catholicisme en général et de la papauté en particulier. La France reste un pays d'histoire et de culture catholique et le catholicisme continue à marquer de son empreinte sociale et même politique la société française.

 

La renonciation de Benoît XVI et l'érection de François Ier étaient des événements qui méritaient une juste couverture médiatique. Une juste couverture  médiatique. Et la difficulté est bien aujourd'hui la disproportion dans la couverture médiatique que cela a pris, et qui montre que non seulement les media sont des produits commerciaux mais en plus que les journalistes ou prétendus tels sont d'une inculture inquiétante de la part de celles et ceux qui contribuent -largement- à faire l'opinion.

 

Inculture d'abord quand on voit se multiplier les « monseigneurs » et autres dans les articles et reportages, quand on invite sur une radio (du service public!) comme c ommentateur de l'élection un religieux qui nous parle à toutes les sauces de l'influence de l'Esprit Saint dans l'élection entre bons amis de l'archevêque de Buenos Aires. Que lui y croit, c'est son droit, qu'une émission d'analyse de cette élection pontificale soit construite autour de sa croyance religieuse laisse dubitatif. Que l'on utilise les titres hiérarchiques que les clercs se donnent tels que évêque ou cardinal (ou imam, rabbin,…) c'est une chose, une constatation de l'organisation de la structure à laquelle on s'adresse ; que l'on désigne ces responsables cléricaux par les titres du fidèle envers son chef spirituel comme « monseigneur » en est une autre, qui montre la même inculture que lorsqu'à Noël on fait des reportages sans distinguer ce qui relève de la foi et ce qui relève de l'analyse d'un fait social ou de la retranscription de c e que croient les personnes sur lesquelles est le reportage. J'ai même entendu des « journalistes »887441_450319015039710_815534273_o.jpg interroger un prêtre rebaptisé en « spécialiste des religions » (de toutes les religions?) en s'adressant à lui par « monpère » !

 

Produit commercial ensuite, car lorsqu'un journaliste annonce « on a enfin la date que l'on attendait tous, celle de l'ouverture du conclave », on peut s'interroger sur le fait que l'« on » attendait tous cette cette date, on peut s'interroger sur qui est ce « on ». Ce « on » n'est pas le citoyen français auquel il s'adresse, ni même le fidèle catholique qu'il est peut-être ou peut-être pas. Ce « on », en fait, c'est le journaliste qui est en train de vendre du temps d'antenne. Pourquoi a-t-on eu le droit à un tel enfumage médiatique depuis plusieurs semaines ? Non pas parce que tout le milieu journalistique ou prétendu comme tel s'est soudainement converti au catholicisme, mais parce qu'il a été touché par la Bonne Nouvelle : une élection, même pontificale, ça fait vendre ; ce système électoral sans campagne officielle et avec son folklore (fermeture des portes, fumée noire ou fumée blanche,…), ça fait vendre ; tous ces vieillards en robe qui vont parler de morale, de moralité et de pédophilie, ça fait vendre. Ou en tout cas les responsables de journaux papiers, radios, télévisions ou sites internet en sont persuadés. Et à une époque d'information continue, il faut être en capacité de vendre de l'information en continue, pour attirer les annonceurs, et quoi de mieux en la matière qu'une élection papale avec tout son folklore et 2000 ans d'histoires de croyances, de fiertés, de miracles, de petits arrangements, de trahisons et de manquements ? Le trône de Saint Pierre et une page de publicité supplémentaire valaient bien une messe…

 

Enfin, le siège n'est plus vacant, et maintenant que quelqu'un s'y est assis, on va pouvoir enfin passer à la suite, revenir aux guerres Mali ou en Syrie, aux menaces en Asie, aux famines au Darfour, à la crise économique et au taux de chômage, à la fiscalité, à la réforme scolaire, à l'égalité sociale et des genres, au droit de tous à l'égalité devant le mariage, enfin on va pouvoir s'occuper du reste, c'est-à-dire de nous.

 

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