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Un Président au Latran

Publié le par Stéphane GOMEZ


Du côté de Latran

Par Raymond BELTRAN.

Le coprince d’Andorre, partageant la féodalité avec l’évêque de la Seu d’Urgell, est allé recevoir son camail de chanoine à St Jean de Latran. Successeur de Gaston Phébus et d’Henri IV pour qui Paris valait bien une messe.

Pour le Président d’une République laïque est-ce condamnable ou pittoresque ? Ce qui compte n’est pas d’accepter ces hochets de l’histoire, auxquels n’avaient pas renoncé ses prédécesseurs (à des nuances de forme près), mais ce qu’il fera après.

L’indépendance de la politique française est essentielle et les prétentions du Vatican à vouloir dicter des directives étaient affichées dans tous les journaux à la veille de la réception. C’est évident que l’église vaticane n’a jamais renoncé à vouloir diriger cette fille aînée, pas toujours soumise, comme en témoigne le gallicanisme ancien.

Après avoir lu le verbatim complet du discours de Latran du chanoine président, je fais la part du propos convenu en diplomatie : nous avons toujours eu de bonnes relations ; il faut encore les rendre meilleures… pour m’attarder sur les autres points abordés.

Parlons du positif :

« Il n’est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd’hui une liberté : la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion et la liberté d’en changer, la liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, la liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, la liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance »…

«La laïcité s’affirme comme une nécessité et, oserais-je le dire, comme une chance. Elle est devenue une condition de paix civile. Et, c’est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l’interdiction de signes ostentatoires à l’école »… « Il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse »…

« Dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses »… Pour éclairer la réflexion « Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part".

Ne négligeons pas le négatif et l’ambigu :

« Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur »… Sujet éternel toujours pas tranché : l’école a-t-elle pour mission éduquer ou instruire ? Les enseignants, les parents ne sont pas tous d’accord. Mais est-ce aux religieux de prendre leur place ?

« J’appelle de mes vœux une laïcité positive »… Sur le modèle de la discrimination positive, cela paraît sympathique, mais les épithètes qui qualifient la laïcité sont susceptibles de la dénaturer. Pas encore candidat, il avait déjà écrit cela en 2004 avec le souhait de modifier la loi de 1905. Il a changé d’avis en ce qui concerne la loi, confirmant maintenant que cette loi a apporté l’équilibre.

« Longtemps la République laïque a sous-estimé l’importance des aspirations spirituelles… Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. Le fait spirituel c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance »… La laïcité républicaine n’a jamais contesté les cultes mais seulement leur place dans la vie des institutions publiques officielles. L’art. 1 de la loi de 1905 précise que « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes… »

« La laïcité n’ pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de la faire. Elle n’aurait pas dû. » C’est oublier vite le contexte de la fin du Second Empire, qui coïncida avec la perte des Etats Pontificaux par le Pape dans l’Italie naissante. L’Eglise française s’opposa par sa hiérarchie à la République. Les lois scolaires laïques se firent ainsi contre l’église, mais prônèrent la neutralité dans les classes en matière religieuse. La mission donnée à cette école laïque fut de former des républicains. L’anticléricalisme républicain se fit contre les évêques et des curés qui faisaient ouvertement de la propagande monarchiste. Si cela culmina en 1905, ce fut par une loi modérée, d’équilibre, définissant une laïcité de paix religieuse.

« Partout où vous agirez… Je vous soutiendrai ». La chute de ce discours est excessive. Que les représentants des cultes soient entendus comme tous ceux qui représentent des français, cela ne gêne pas la laïcité. Mais qu’ils soient toujours soutenus et écoutés… ? Cela est dangereux et contredit l’affirmation précédente ''« Dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses »''. Par ailleurs, je remarquerai que les religions ont trop tendance à intervenir dans le politique pour qu’on les invite à le faire davantage. Amabilité diplomatique qui risque d’être prise au mot et qu’on regrettera plus tard.

Pour terminer je ferai deux remarques :

- la laïcité ne cherche pas à couper la France de ses racines chrétiennes. Elle fait simplement remarquer qu’il y a eu aussi d’autres racines et que la civilisation française ne se limite pas à des personnes et à des actions relevant de l’église catholique. Une bonne partie de l’humanisme de la Renaissance au siècle des Lumières et à la Révolution n’a pas à être exclue de ce fond culturel, même si les Droits de l’Homme et « l’Illuminisme » du XVIIIè siècle donnent l’urticaire à Bénoît XVI !...

- dans ce discours on navigue sur l’ambiguïté d’interprétation de la laïcité. Elle apparaît sectaire, hors contexte, dans son passé. Mais l’idée et son contenu sont reconnus. Puisque la loi du 9 décembre 1905 est un facteur d’apaisement, pourquoi ne pas introduire dans la Constitution l’essentiel de ses deux premiers articles qui la définissent si bien ? Nous avons été nombreux à avoir des acouphènes dans nos oreilles n’ayant pas entendu défendre cette proposition ni par la droite ni par la gauche pendant les dernières campagnes électorales.

Dépassons les joutes politiciennes. Au lieu de jouer de la laïcité pour l’un ou contre l’autre, affermissons-la dans les textes et soyons fermes dans sa défense.

Raymond BELTRAN
le 22 décembre 2007

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Raymond BELTRAN 11/04/2008 16:04

Pourquoi ne pas citer le site sur lequel ce texte a été pris ?Merci de  le faire.