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Nicolas, Benoît et Michel

Publié le par Stéphane GOMEZ



*Anne (Frank) et Joseph (Ratzinger)


Lorsqu'elle écrit son journal, Anne Frank a treize ans. Bien que confinée dans sa chambre minuscule, coupée du monde auquel la relie un poste de radio, aux dates de 1942 elle entretient de « chambre à gaz », de chasse aux juifs, de persécutions, de déportations dans des wagons à bestiaux, de traitements identiques pour les femmes, les vieillards, les enfants, de familles séparées. Le 3 mars 1944, elle parle de « millions de gens (...) assassinés ou gazés sans ménagement ». Vérifiez...

En 1939, un petit garçon nommé Joseph Ratzinger, séminariste en Bavière, entre aux jeunesses hitlériennes. A quelques mois près, les deux enfants ont le même âge. Le futur Benoît XVI y restera jusqu'à la fin de la guerre. En 44, il a dix-sept ans. Dans le demi siècle qui suit la libération des camps, nulle trace d'explication, nul regret, aucun repentir, ce sport national des catholiques. Quand Dieu tout puissant inspire en conclave les cardinaux électeurs, il ne trouve pas ce passé assez pestilentiel pour guider les vieillards vers un autre nom. Dieu est amour...

Certes on dira que le jeune garçon n'a pas choisi, comme des millions de gens à l'époque. Comme Eichmann, de fait, il s'est contenté d'obéir, de ne pas se rebeller, d'accepter, de consentir, de verser son obole au parti nazi. Comme Eichmann, il n'a pas tué de ses propres mains. Comme Eichmann il a prétendu qu'il n'avait pas le choix. Comme le chrétien Eichmann, le Pape affirme pour les autres l'existence du libre arbitre, et ce qui s'en suit : culpabilité, faute, donc punition, d'où expiation... Mais pour les autres seulement...

Le plus grave pourrait ne pas se trouver là. Après tout, ne pas être un héros ne fait pas de facto le salaud... Mais quand devenu chef du Vatican il proclame dans l'enceinte d'Auschwitz que le nazisme est le fait d'un « groupe de criminels », que le peuple allemand dans son ensemble a été abusé par ceux-là, bien qu'ayant voté démocratiquement comme un seul homme, que les crimes nazis constituent « une attaque contre le christianisme » ( !), on se trouve dans l'obligation de faire un peu d'histoire, les catholiques sont si désinvoltes avec la mémoire !

Rappelons que Pie XII a signé un Concordat avec le nazisme ; que le Vatican n'a jamais mis Mein Kampf à l'index, au contraire de Montaigne, Descartes, Sartre, Bergson et mille autres ; qu'aucun nazi n'a été excommunié à cause de son appartenance à une idéologie criminelle -- au contraire des communistes qui le furent, eux, en bloc ; que le Vatican a permis, avec ses passeports diplomatiques et sa filière d'évasion via les monastères allemands, suisses et italiens, d'exfiltrer des criminels de guerre ainsi soustraits à la justice ; qu'Hitler n'était pas païen, mais déiste sûrement pas anti-chrétien ; que son livre fait l'éloge de Jésus chassant les marchands du temple -- juifs... ; qu'il célèbre la grandeur de la machine impériale chrétienne -- donc du Vatican ; que les ceinturons de ses militaires arboraient « Dieu avec nous » - slogan assez peu athée... ; qu'au contraire de l'étoile jaune , du triangle violet ou rose qui stigmatisent juifs, témoins de Jéhovah et homosexuels, aucun signe n'a été retenu contre les chrétiens qui n'ont jamais été poursuivis en tant que tels... Etc. Le récent voyage de Benoît XVI à Auschwitz montre que Pie XII n'aurait pas à rougir de son successeur... Anne Frank aurait le même âge ou presque que l'actuel pape.

Michel Onfray
sur le site de Bellaciao


"Comme Benoît XVI, je considère qu'une nation qui ignore l'héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d'histoire, de patrimoine, d'art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser."
*Nicolas Sarkozy, discours de Latran*



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