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Hommage officiel de la Ville à Madeleine Capiévic: Ils se levèrent pour sauver notre Liberté.

Publié le par Stéphane GOMEZ

 Mesdames et Messieurs,

 

Permettez-moi tout d’abord de présenter les condoléances de notre Municipalité, de notre Ville et des Vaudais aux fils de Madeleine et Jean CAPIEVIC, Luc et Pierre ; à leurs familles, à leurs enfants et petits-enfants.

 

Je leur dis notre compassion et notre peine pour ce deuil qui les affecte.

 

Mais, souffrez que je dise aussi que Madeleine et Jean CAPIEVIC n’appartiennent pas seulement à leur famille.

 

Louis Aragon le confirme : « il n’est plus de chemin privé lorsqu’un jour l’Histoire y chemine ».

 

Madeleine et Jean appartiennent aussi, l’un et l’autre plus indissociables que jamais, à Vaulx-en-Velin, à la France, à l’universel.

 

Ils appartiennent à notre Histoire commune ; et quelle Histoire !

 

Celle que l’on rappelle inlassablement ; l’Histoire que l’on commémore, l’Histoire que l’on honore :

  • les 27 mai, bien sûr, jour anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance, instauré, enfin officiellement depuis 3 ans, comme Journée Nationale de la Résistance ;

mais aussi :

  • les 8 mai, jour de la reddition de l’Allemagne nazie,

  • les 18 juin, jour de l’Appel du général DE GAULLE,

et encore :

  • chaque dernier dimanche d’avril, pour la journée de la déportation,

  • ou bien les 21 février, en hommage au groupe MANOUCHIAN des FTP-MOI dont le monument fut érigé à l’initiative de Jean Capievic alors Maire de notre Ville.

 

Cinq grandes dates directement liées à l’Histoire dont Madeleine et Jean CAPIEVIC furent les contemporains et, si intensément, des acteurs majeurs.

 

Cinq grandes dates d’une page mémorielle de quelques années seulement mais qui, plus de 70 après, ont de multiples résonances en chacun de nous et sont des références qui nous instruisent  et qui nourrissent toujours nos réflexions, nos actions, nos engagements.

 

Comment ne pas redire notre reconnaissance, notre admiration, notre respect à Madeleine et à Jean CAPIEVIC et à toutes celles et tous ceux, de la même trempe, qui eurent la bravoure de se lever dans un pays effondré, humilié et avili dans la collaboration.

 

Ils se levèrent pour sauver le bien immatériel le plus précieux : la Liberté, notre Liberté.

 

Alors, rendre hommage à Madeleine CAPIEVIC et à Jean son époux, ici à Vaulx-en-Velin, face à leur dernière demeure, c’est, d’une certaine façon et comme ils l’ont d’ailleurs eux-mêmes fait si souvent, honorer :

  • les 20 000 FTP ou FFI tués au combat,

  • les 30 000 fusillés,

  • les plus de 60 000 Résistants déportés, dont près de la moitié périrent dans les camps.

 

 

C’est honorer les 500 000 personnes ayant eu une implication substantielle dans la Résistance.

 

Ces femmes et ces hommes qui, par conscience, par colère, par idéal ou par pur refus personnel, ont tout risqué alors que d’autres, infiniment plus nombreux, ont, ne l’oublions pas, fait preuve d’un silence complice voire ont obéi à l’impératif d’une soumission – forcée ou complaisante –.

 

C’est aussi honorer une grande diversité d’origine des Résistants ; avec les républicains espagnols, les antifascistes italiens, les antinazis allemands, polonais, arméniens, hongrois, roumains, que les FTP-MOI ont incarné et tous les étrangers qui ont rejoint les maquis français voire même qui furent à l’initiative de réseaux de Résistance.

 

Sans doute est-ce là que réside l’esprit de la Résistance ou, du moins, l’un de ses plus beaux symboles ; un symbole qui parle tant à la mémoire commune des Vaudais.

 

Toutes les motivations ont convergé, qu’elles soient politiques, philosophiques ou même religieuse – « celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas » –.

 

Elles se sont traduites par un engagement et un courage éblouissants de femmes et d’hommes choisissant le risque, la droiture ; choisissant de s’unir pour sauver l’essentiel : la République.

 

La volonté d’associer la jeunesse a toujours guidé l’activité mémorielle des Résistants et de leurs associations.

 

La loi instituant la journée nationale de la Résistance – loi du 19 juillet 2013 que la Députée-Maire Hélène GEOFFROY se fit un honneur de voter à l’Assemblée Nationale – demande dans son article 3, je cite :

« d’organiser des actions éducatives visant à assurer la transmission des valeurs de la Résistance et de celles portées par le programme du Conseil National de la Résistance ».

Notre Ville s’inscrit pleinement dans cette démarche didactique plus que jamais indispensable.

 

Vous savez bien à l’ANACR le sens de l’important travail de témoignage et d’éducation entrepris.

 

Madeleine et Jean CAPIEVIC ont aussi été, de longues années durant, ces témoins précieux, ces militants de la transmission de la mémoire auprès de générations de jeunes Vaudais.

 

Il y a aussi, à Vaulx-Village, l’exposition permanente sur la Résistance qu’il est d’ailleurs envisagé de moderniser dans sa forme et de rendre plus attractive. Ce sera certainement l’occasion de réserver une place méritée aux Résistants vaudais.

 

D’ailleurs, je pense à ceux disparus il n’y a pas si longtemps : Pierre OLIVER, Maurice LUYA, Marcel ROCHE, Annie CARRIER.

 

L’ANACR qui a perdu, à quelques semaines d’intervalle, ses deux Présidentes d’Honneur : Annie CARRIER et Madeleine CAPIEVIC ; et notre Ville qui perd ses deux dernières Résistantes.

 

Je ne reviendrai pas sur la jeunesse de l’engagement de Madeleine CAPIEVIC mais permettez-moi de faire allusion à l’un de ses propos recueilli par Marius PELLET en 2007 où elle évoquait ces 4 années de résistance à Paris, rythmées par les actions et une vie quotidienne dure et difficile.

 

Elle disait ses larmes pour les copains tombés mais elle disait aussi ses moments de joies vécus malgré les dangers, les drames, les menaces.

 

Difficile aujourd’hui d’avoir bien conscience de ce que représentait cet engagement inouï de jeunes gens et de jeunes filles avec chacune et chacun sa famille, ses amis, ses amours.

 

Les Résistants ne sont donc pas une abstraction. Ils sont une réalité bien humaine, faite de renoncement aux plaisirs de leur âge, de peur et de douleurs aussi.

Cela rend leur choix et leur combat d’alors plus grands, plus beaux, plus nobles.

 

Difficile d’imaginer Madeleine PEFFERKORN, jeune fille de 16 ans à peine, accepter le risque de l’arrestation, de la torture, de l’exécution ou de la déportation pour libérer la France du nazisme. Et pourtant, elle l’accepta !

 

Cette force de vie, cette audace, dans un tel contexte, a révélé et sublimé sa personnalité.  

Ce courage, à l’évidence, continue d’éclairer notre engagement d’aujourd’hui.

 

Engagement ô combien nécessaire dans une période où des vagues de haine ressurgissent et où des raisonnements, des propos, des analyses simplistes réhabilitent l’idéologie fascisante.

 

Alors, dans ces temps où les forces de régression sont à l’œuvre, à l’exemple de nos Résistants et inspirés par eux, nous devons lutter contre toutes ces logorrhées d’extrême-droite et raciste qui, nous le savons, conduisent au chaos.

 

C’est aussi, un enseignement précieux que nous lèguent Madeleine et Jean CAPIEVIC.

 

C’est un honneur pour moi de leur rendre l’hommage de notre ville aujourd’hui. Je garde encore l’image de leur présence et de leur empathie avec les Vaudais. Une proximité sincère, simple et forcément appréciée.

Madeleine et Jean CAPIEVIC resteront indéfectiblement associés à Vaulx-en-Velin et leur souvenir demeurera dans la mémoire collective des Vaudais. 

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