Jeudi 12 novembre 2009
Le 10 mai 1944, au micro de Radio-Paris, Philippe HENRIOT, éditorialiste au service de la propagande (et exécuté par la Résistance le 28 juin 1944) attaque Pierre DAC en évoquant ses origines juives, en rappelant qu'il s'appelle en réalité André Isaac et qu'il est le fils de Salomon et de Berthe KAHN: "... DAC s'attendrissant sur la France, c'est d'une si énorme cocasserie qu'on voit bien qu'il ne l'a pas fait exprès. Qu'est-ce qu'Isaac, fils de Salomon, peut bien connaître de la France, à part la scène de l'ABC où il s'employait à abêtir un auditoire qui se pâmait à l'écouter ? La France, qu'est-ce que ça peut bien signifier pour lui ?..."

Pierre DAC lui répond au micro de radio Londres par un éditorial intitulé : Bagatelle pour un tombeau.

"M. HENRIOT s'obstine; M. HENRIOT est buté. M. HENRIOT ne veut pas parler des Allemands. Je l'en ai pourtant prié de toutes les façons : par la chanson, par le texte, rien à faire. Je ne me suis attiré qu'une réponse pas du tout aimable - ce qui est bien étonnant - et qui, par surcroît, ne satisfait en rien notre curiosité. Pas question des Allemands.

"C'est entendu, monsieur HENRIOT, en vertu de votre théorie raciale et national-socialiste, je ne suis pas français. A défaut de croix gammée et de francisque, j'ai corrompu l'esprit de la France avec L'Os à moelle. Je me suis, par la suite, vendu aux Anglais, aux Américains et aux Soviets. Et pendant que j'y étais, et par-dessus le marché, je me suis également vendu aux Chinois. C'est absolument d'accord. Il n'empêche que tout ça ne résout pas la question: la question des Allemands. Nous savons que vous êtes surchargé de travail et que vous ne pouvez pas vous occuper de tout. Mais, tout de même, je suis persuadé que les Français seraient intéressés au plus haut point, si, à vos moments perdus, vous preniez la peine de traiter les problèmes suivants dont nous vous donnons la nomenclature, histoire de faciliter votre tâche et de vous rafraîchir la mémoire :

"1. Le problème de la déportation;
"2. Le problème des prisonniers;
"3. Le traitement des prisonniers et des déportés;
"4. Le statut actuel de l'Alsace-Lorraine et l'incorporation des Alsaciens-Lorrains dans l'armée allemande;
"5. Les réquisitions allemandes et la participation des autorités d'occupation dans l'organisation du marché noir;
"6. Le fonctionnement de la Gestapo en territoire français et en particulier les méthodes d'interrogatoire
"7. Les déclarations du Führer dans Mein Kampf concernant l'anéantissement de la France.

"Peut-être me répondrez-vous, monsieur HENRIOT, que je m'occupe de ce qui ne me regarde pas, et ce disant vous serez logique avec vous-même, puisque dans le laïus que vous m'avez consacré, vous vous écriez notamment : "Mais où nous atteignons les cimes du comique, c'est quand notre DAC prend la défense de la France! La France, qu'est-ce que cela peut bien signifier pour lui ?" Eh bien ! Monsieur Henriot, sans vouloir engager de vaine polémique, je vais vous le dire ce que cela signifie, pour moi, la France.

"Laissez-moi vous rappeler, en passant, que mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et d'autres avant eux sont originaires du pays d'Alsace, dont vous avez peut-être, par hasard, entendu parler ; et en particulier de la charmante petite ville de NIEDERBRONN, près de Saverne, dans le Bas-Rhin. C'est un beau pays, l'Alsace, monsieur HENRIOT, où depuis toujours on sait ce que cela signifie, la France, et aussi ce que cela signifie, l'Allemagne. Des campagnes napoléoniennes en passant par celles de Crimée, d'Algérie, de 1870-1871, de 14-18 jusqu'à ce jour, on a dans ma famille, monsieur HENRIOT, lourdement payé l'impôt de la souffrance, des larmes et du sang.

"Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. Alors, vous, pourquoi ne pas nous dire ce que cela signifie, pour vous, l'Allemagne ?

"Un dernier détail: puisque vous avez si complaisamment cité les prénoms de mon père et de ma mère, laissez-moi vous signaler que vous en avez oublié un celui de mon frère. Je vais vous dire où vous pourrez le trouver ; si, d'aventure, vos pas vous conduisent du côté du cimetière Montparnasse, entrez par la porte de la rue Froidevaux ; tournez à gauche dans l'allée et, à la 6e rangée, arrêtez-vous devant la 8e ou la 10e tombe. C'est là que reposent les restes de ce qui fut un beau, brave et joyeux garçon, fauché par les obus allemands, le 8 octobre 1915, aux attaques de Champagne. C'était mon frère. Sur la simple pierre, sous ses nom, prénoms et le numéro de son régiment, on lit cette simple inscription: "Mort pour la France, à l'âge de 28 ans".

"Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription: elle sera ainsi libellée : PHILIPPE HENRIOT Mort pour HITLER, Fusillé par les Français...

"Bonne nuit, monsieur HENRIOT. Et dormez bien."
Par Stéphane GOMEZ - Publié dans : Politique nationale
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Mercredi 11 novembre 2009
Ce 11 Novembre aura été un "beau" 11 novembre: une matinée brumeuse mais pas trop froide, pour se souvenir de la Der des Ders (avant toutes les suivantes) et de ses horreurs; à Paris, Angela et le petit Nicolas essayaient d'entrer dans l'Histoire en singeant Helmut et François. Vraiment, un beau 11 Novembre.

Il n'y manquait que quelques poilus, mais il n'y en a plus, le dernier est mort: le dernier combattant français de la 1ère Guerre Mondiale n'est plus, il n'est plus combattant et il n'est plus Français, ce citoyen de la République né en Italie.

L'ironie est plaisante en plein "débat" sur l'identité nationale: le dernier poilu français était né italien!

L'ironie est mordante et montre bien ce que ce débat -lancé par BESSON, le "progressiste" aux ordres de SARKOZY- a d'hypocrite et de malsain.

Il y a 95 ans, la République était moins regardante sur les origines des soldats appelés à défendre le sol national: les sauvages colonisés étaient tous aussi acceptables que tous les immigrés économiques de passage pour monter au combat face aux Boches, aux voisins européens nouveaux barbares de la barbarie ordinaire.

Aujourd'hui, un immigré social n'est accueilli que s'il est économiquement utile à la France, et un réfugié peut être renvoyé vers un pays en guerre sans soucis s'il est dirigé vers une région "en paix" du pays (pas grave si ce n'est pas sa région d'origine: on n'est jamais à quelques centaines ou milliers de kilomètres près), dixit Monsieur KOUCHNER, car contrôlée par les ONG (sic)!

Le débat sur l'identité nationale a été tranché il y a longtemps par les historiens et les fondateurs de la République. Jules MICHELET, qu'on ne peut pas accuser de manquer de patriotisme, s'il reconnaissait aussi que "l'Histoire de France commence avec la langue française. La langue est le signe principal d'une nationalité" (Histoire de France, 1861, t. 2, livre III), insistait pour dire qu'il y a "nul doute que notre patrie ne doive beaucoup à l'influence étrangère. Toutes les races du monde ont contribué pour doter cette Pandore [le terme de "race" est bien sûr à prendre dans l'acceptation du XIX°s: une ethnie ou un peuple]" (Histoire de France, 1835, t. 1).

Pour Ernest RENAN, qui reste la référence en la matière (mais on pourrait aller lire du côté d'Edgar QUINET ou Victor HUGO pour les intellectuels, du côté de Jules FERRY, Jules GUESDE, Léon GAMBETTA, Jean JAURES et tellement autres leaders politiques de cette "maudite" IIIème République), la Nation est un plébiscite de tous les jours: "Une nation est une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices que l’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours" (Qu'est-ce que la Nation?, 1882).

Pour tous ses penseurs, la Nation est une communauté, qui se définit par son Histoire commune (et dont la pierre angulaire est la Révolution française, toute la Révolution française), pas une Histoire que l'on a vécu, mais une Histoire que l'on reconnait; par un présent qui est celui de la reconnaissance de la loi, des valeurs que l'on construit et partage; et par un futur collectif, c'est-à-dire la volonté de continuer à partager ces valeurs. Ces valeurs, ce sont la démocratie, la laïcité, le pacte social né dans la Résistance,...

À ma connaissance, on n'a pas fait mieux, plus clair, plus généreux et plus républicain comme définition de l'identité nationale.

Alors pourquoi vouloir rouvrir le débat, à un moment où le pouvoir sarkozyste est en difficulté dans les sondages, en panne de résultats et de crédibilité démocratique, à un moment où le F.N. recommence à s'agiter avant les élections régionales?

 

Si SARKOZY et ses courtisans acquiessaient à la définition républicaine de la Nation et de l'identité nationale, ils l'a défendraient, dans les discours et surtout dans les actes. Ouvrir ce "débat" à un moment de difficultés lorsqu'on est à l'origine d'un ministère liant immigration et identité nationale, c'est remettre en cause la définition déjà existante.

 

Lorsqu'on a dit ce qu'est aujourd'hui l'accord républicain sur la définition de l'identité nationale, chacun en concluera ce que signifie vouloir la remettre en cause...

Par Stéphane GOMEZ - Publié dans : Politique nationale
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Dimanche 25 octobre 2009



Les textes de loi présentés par le Président de la République et le Gouvernement sur les collectivités locales sous le nom de "réforme territoriale" ont en réalité en commun trois caractéristiques : l'aggravation, la recentralisation, la manipulation. Ils appellent de la part des élus et des citoyens de toutes sensibilités une opposition résolue. Près de trente ans après le grand mouvement de décentralisation que nous, socialistes, avons lancé, les collectivités territoriales ont besoin, non pas d'un retour en arrière, mais d'une toute autre réforme, une vraie nouvelle étape de la décentralisation, celle que nous présentons dans nos propositions.

1, L'aggravation concerne d'abord la fiscalité des ménages. Les modalités projetées de suppression de la taxe professionnelle et les mesures fiscales prévues auraient pour conséquence de faire passer la répartition des impôts locaux de 49 % pour les ménages et 51 % pour les entreprises à 73 % pour les ménages et 27 % pour les entreprises. Cette aggravation est inacceptable. Nous proposons une réforme d'ensemble de la fiscalité locale, avec en particulier une compensation intégrale des recettes de taxe professionnelle pour les collectivités, le maintien d'un lien entre les entreprises et les territoires, une révision des valeurs locatives pour la taxe d'habitation, laquelle tiendrait compte, pour être plus juste, du montant des revenus.

Plus largement, l'aggravation frappe l'ensemble de la situation financière des collectivités territoriales. Déjà, sous le coup des transferts de charges mal compensés de la part de l'Etat, celle-ci s'est dégradée depuis plusieurs années. Les nouvelles dispositions gouvernementales conduiraient à une nouvelle dégradation ( + de 20 000 communes verront en 2010 leurs dotations baisser) entraînant une hausse des impôts locaux et (ou) un affaiblissement des services publics locaux (notamment services scolaires et de la petite enfance pour les communes ; aides sociales en direction des familles, des personnes âgées, des handicapés pour les départements ; le développement économique, formation et transports pour les régions, etc...).

Les collectivités locales, qui assurent près de 75 % des investissements publics avec une dette 10 fois moins importante que celle de l'Etat, sont en général mieux gérées que celui-ci. Nous demandons, ce qui ne serait que justice, que l'Etat paie ses dettes envers les collectivités territoriales, qu'il compense réellement et durablement les transferts de charges, qu'il organise la péréquation financière permettant à la fois une réduction des inégalités et le maintien de services publics locaux de qualité.

2. Alors que la décentralisation a été positive pour notre pays, pour les collectivités territoriales et pour les citoyens, la recentralisation contenue dans les projets présidentiels est archaïque et contraire à la démocratie locale.

Cette recentralisation est manifeste dans les dispositions concernant le Grand Paris, mélange de napoléonisme mal assimilé, d'arrière-pensées électoralistes et de faveurs pour la spéculation foncière.

Elle s'étend aux regroupements de collectivités envisagés, qui se feraient par décision finale du gouvernement et des préfets au détriment des élus territoriaux démocratiquement élus.

La recentralisation est particulièrement visible dans le projet de suppression de la clause dite de "compétence générale" pour les départements et les régions. Concrètement, cela signifie que ces collectivités ne pourraient plus intervenir financièrement dans des domaines généraux et, par exemple, ne pourraient plus soutenir, même modestement, les associations locales, sociales, sportives, culturelles... qui, grâce à l'action d'animateurs bénévoles, se dévouent pour nos concitoyens. L'intégralité de la charge serait reportée sur les communes, qui ne pourraient évidemment faire face.

De même, la fin des co-financements et l'exigence d'un financement majoritaire de tout projet par la collectivité maître d'ouvrage entraînerait des conséquences très négatives pour les moyennes et petites communes qui ne disposent pas de moyens suffisants pour financer seules leurs réalisations. C'est la solidarité territoriale, notamment en zone rurale, qui serait gravement mise en cause.

A l'opposé de cette recentralisation, nous proposons une nouvelle étape, un acte III de la décentralisation. Les regroupements de collectivités doivent respecter la volonté des élus locaux. Afin de simplifier les financements, nous proposons qu'une collectivité "chef de file" soit choisie pour les projets à financements multiples. La vie associative mais aussi sociale et économique continuerait à pouvoir être encouragée localement, au plus près des citoyens.

3. A mesure qu'ils sont connus, ces projets soulèvent de fortes protestations auprès des élus et des citoyens de diverses sensibilités. Si le chef de l'Etat les soutient, c'est qu'il en escompte un avantage électoral. On peut parler à ce sujet d'une véritable manipulation.

Une manipulation, d'abord, des concepts. Le pouvoir central met en avant la simplification obtenue, alors que ces textes vont rendre la réalité locale encore plus complexe. L'article de loi portant suppression et remplacement de la taxe professionnelle comporte à lui seul plus de 96 pages ! Aux trois niveaux actuels (communes, départements, régions) présents dans presque tous les pays d'Europe et à leurs regroupements, seraient ajoutés par ces textes des "communes nouvelles" et des "métropoles".

Le gouvernement insiste sur la nécessité d'économies. Fort bien ! A ceci près que pour cette année 2009, il présente un déficit budgétaire de 140 milliards d'euros cependant que le budget de fonctionnement des collectivités locales est, lui, en équilibre et a même dégagé en 2008 27,2 milliards d'excédents. S'il s'agit des indemnités des élus départementaux et régionaux, elles représentent au total moins de 0,12 % des budgets concernés. On est donc en pleine démagogie, le chef de l'Etat n'hésitant pas - ce qui évoque de tristes périodes - à opposer les élus aux électeurs.

Ces projets comportent enfin une grossière manipulation électorale, à  travers l'instauration d'un mode de scrutin inédit et contraire à la tradition démocratique française, un redécoupage général du territoire et la création d'une nouvelle catégorie d'élus. Le "conseiller territorial" serait obligé de cumuler les mandats de conseiller régional et de conseiller général. Compte tenu de son nouveau mode d'élection, l'exigence de parité ne pourrait pas être respectée. Alors que les compétences de la région et du département différent pour 90 % de leur contenu, les mêmes élus, rendus moins proches des électeurs, seraient censés gérer les deux collectivités ! Ce montage vise en réalité, grâce à un découpage électoral partisan, à amplifier l'opération du redécoupage législatif en favorisant le parti du chef de l'Etat au détriment des autres forces démocratiques.

Nous proposons, nous, de faire confiance à la démocratie locale et de proximité ; de ne pas opposer les électeurs et les élus ; de choisir pour l'élection des conseillers généraux, rebaptisés logiquement "conseillers départementaux", le même mode de scrutin que celui qui donne satisfaction pour les communes et les régions, le scrutin de liste avec prime majoritaire. Ceci aboutira à une vraie simplification : chaque niveau de collectivité aura une compétence bien définie ; les regroupements seront encouragés sur la base du volontariat ; le mode de scrutin sera unifié ; les finances locales seront modernisées et  péréquées.

En définitive, les textes qui nous sont proposés reposent sur quatre piliers, tous inacceptables : mépris à l'égard des élus de proximité, étouffement financier des ménages et des collectivités, recul des libertés locales, recentralisation

M. Sarkozy a déjà montré qu'il n'acceptait aucun contre-pouvoir : justice, medias, Parlement.  Aujourd'hui, il veut faire de même avec, ou plutôt contre les collectivités locales. A l'opposé, nous proposons une nouvelle étape de la décentralisation afin de rapprocher, plus encore, le pouvoir des citoyens.

Compte tenu de l'importance essentielle de ces textes sur la vie quotidienne de nos concitoyens, sur les services publics locaux, sur l'avenir de nos territoires et l'équilibre démocratique, nous demandons que les divers aspects de cette réforme territoriale soient soumis à référendum.


Laurent FABIUS
mardi 20 octobre 2009
Par Stéphane GOMEZ - Publié dans : Politique nationale
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Jeudi 1 octobre 2009

Il ne faut pas arrêter POLANSKI car c'est un grand cinéaste, il faut le traîter autrement compte-tenu de tout ce que le 7ème art lui doit,… Les propos affligeants se sont multipliés après l'arrestation du réalisateur (que j'apprécie fortement par ailleurs!), affligeants car ils ne relèvent pas d'une réflexion sur la justice (faut-il pardonner? n'a-t-il pas déjà payé son du à la société? n'est-il pas victime d'un acharnement rancunier de conservateurs?) mais d'un jugement de valeur sur la personne, qui institutionnalise le "2 poids, 2 mesures": tous les justiciables, tous les citoyens ne sont plus égaux, tout dépend désormais de leurs "mérites", de leurs "qualités sociales" (ou économiques), et c'est un anonyme qui nous le rappelle…


Par Manu A, Invalide sans profession. Extrait du Monde.fr


Vos prises de position au sujet de l'affaire Polanski me forcent à venir à vous. En 1989, il y a donc 20 ans de cela, je me suis rendu coupable des mêmes faits que l'on reproche à Monsieur Polanski. Je croyais, moi aussi, que j'avais un rapport sexuel avec une adolescente de 14 ans consentante. Contrairement à votre pauvre cinéaste, j'ai attendu sagement la venue des gendarmes, puis je suis resté en cellule deux ans et demi, jusqu'à mon procès devant la Cour d'assises. Et, toujours en cellule, j'ai compté deux mille deux cent cinquante cinq (2255) jours avant d'être enfin élargi. Soit dit en passant, sans une seule permission de sortir préalable.

 

Le fait est que la prison, le procès et la psychanalyse aidant, j'ai fini par saisir une subtilité qui jusque là m'avait échappé et qui, je l'avoue, était sinon à l'origine de mon acte, tout du moins un élément déclencheur de ce que j'infligeais à ma victime. Comme j'ai pu constater, suite à l'affaire Polanski, que cette subtilité vous échappe à tous deux, je m'empresse de vous en faire part. J'ai appris à mes dépends, mais aussi et surtout aux dépends de celle à qui j'ai fait tant de mal, qu'une gamine de 13 ans ne peut en aucun cas donner son consentement pour une relation sexuelle avec un adulte. Je le répète, il est impossible qu'elle donne son consentement, y compris lorsqu'elle est explicitement demandeuse, c'est vous dire combien certains font fausse route et pourquoi je fus très justement condamné pour viol. Si vous me demandiez la raison de cette impossibilité, je vous répondrais ce par quoi je commençais ce paragraphe. D'où, Messieurs les ministres, la nécessité de répondre de ses actes devant la justice, devant la victime et de les revoir, les mâcher, les ruminer, jour après jour, nuit après nuit. Tout cela bien sûr dans la douleur, les larmes, la contrainte, l'humiliation, la honte et la solitude de la prison. Travail qu'on ne peut nullement réaliser dans le strass et les paillettes. Travail que vous, Messieurs les ministres et tous ceux qui protègent Polanski depuis si longtemps, l'avez empêché de réaliser.

 

Voilà pourquoi cette affaire lève un tel tollé parmi les gens communs, et voilà la raison du décalage abyssal qu'il y a entre l'opinion du petit peuple, dont je suis, et vous et vos amis intellectuels : parce que vous vous dressez comme un seul homme contre ce que nous enseigne toute notre civilisation - excusez du peu !

 

Vous, Messieurs, voilà que tout d'un coup, vous nous crachez que l'homme ne doit nullement faire amende honorable, ni redresser son chemin. Et vous voilà, soudain, la bouche pleine de ses pitoyables excuses que l'on entend si souvent dans la bouche de tristes individus, dont j'étais, plus proches de l'animalité que de ce à quoi ferait penser leur silhouette: "Elle était consentante, elle paraissait vingt ans, il y a si longtemps" Vous, ministres et intellectuels, vous n'avez loupé aucune de ces bestialités, plus l'insulte faite à tous ceux qui purgent leur peine dans la promiscuité, le silence et l'oubli de nos prisons.

 

Mais il y a pire. Les faits dont je me suis rendu coupable, je les ai commis en 1989, il y a donc vingt bonnes années. Personnellement, j'ai assumé, j'ai payé et j'ai même payé un second crime que je n'avais pas commis et puis surtout, j'ai réalisé l'infinie gravité de mes actes. Et si je n'ai jamais eu droit au pardon, j'ai en revanche eu droit à l'oubli... Jusqu'en février dernier. Car voilà qu'en février 2009, donc vingt ans après, ces messieurs en uniforme sont venus me notifier que dorénavant j'héritais d'une nouvelle punition qui consiste à devoir me rendre deux fois par an dans leurs locaux pour leur confirmer mon adresse. Vingt ans après Monsieur Kouchner ! Vingt ans après Monsieur Mitterrand ! Alors que j'ai tout assumé, payé et jamais récidivé. Alors qu'ils ont devant leurs yeux vingt longues années de non récidive. Et cette loi scélérate, c'est vous, Monsieur Kouchner, c'est vous, Monsieur Mitterrand, vous qui demandez à ce qu'on oublie un fugitif, c'est vous qui l'avez voulue et votée, quand pour Polanski "c'est si vieux, quel acharnement, méchants américains..."

 

Depuis février, je fais des cauchemars, depuis février, j'ai perdu ma paix et l'on m'a arraché à l'oubli, celui que la coutume ancestrale me concède. Depuis que vous m'avez infligé une nouvelle punition, vingt ans après les faits, ça va mal. Mais depuis trois jours, Messieurs les ministres, depuis que vous avez réagi pour Polanski, là vous m'avez mis la haine, j'ai perdu mon peu de sagesse. Vous m'avez empoisonné le sang. Je vous demande donc au nom du simple principe de cohérence de me faire enlever cette dernière punition aussi injuste que traumatisante. De lancer une pétition avec vos amis les intellectuels et autres cinéastes. Redonnez-moi mon droit à l'oubli, car moi, oui, j'y ai droit, j'ai fait plus juste que le "Pianiste" et son auteur : J'ai payé !

Par Stéphane GOMEZ - Publié dans : Questions de société
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Jeudi 1 octobre 2009

 

Travaillant à ma propre gloire, le texte que j'ai écrit pour le dernier CDEN (prévu le mercredi 23 septembre, reporté faute de quorum le lundi 28 septembre dernier) au nom de SNES et de l'ensemble de la FSU, signé par la FCPE.

 

 

COMITE DEPARTEMENTAL DE L'EDUCATION NATIONALE – RHÔNE

Mercredi 23 septembre 2009

 

Déclaration Préalable

Fédération Syndicale Unitaire 69

et Fédération des Comités de Parents d'Elèves 69

 

 

 

Le ministre change, la politique de destruction de l'Education Nationale reste. Luc CHATEL, à peine nommé rue de Grenelle, aura repris à son compte toutes les mesures contestables de la politique gestionnaire menée par Xavier DARCOS depuis 2 ans, confirmant les 16 000 suppressions de poste ou la masterisation sans pré-recrutement.

 

Dans le premier degré, si les fortes mobilisations de l’an dernier ont permis de faire échec aux mesures les plus dangereuses pour l’école (hypocritement camouflées sous le joli nom de « réformes »), cette rentrée voit s’aggraver encore les conditions de scolarisation des élèves et d’exercice de la profession d'enseignant.

 

Dans le 2nd degré, la réforme du lycée a été retardée et devra enfin être pensée de manière globale et plus seulement saucissonnée par niveau, mais le socle commun reste toujours dans l'horizon pour le collège alors qu'aucun des livrets de compétence expérimentaux n'a été concluant et que le flou le plus total persiste sur la transformation du D.N.B.; le développement de l'histoire des arts se fait dans une impréparation inquiétante.

 

Les suppressions massives de postes sont désormais vécues concrètement et quotidiennement par les enseignants, les parents, les élèves… Et ce ne sont pas les 14 postes supplémentaires dans le 1er degré dans le Rhône qui arrangeront la situation, dans un contexte de hausse démographique et de seuils d'élèves déjà très élevés ! Dès lors la récupération de postes va bon train, même après la rentrée : 23 fermetures, souvent non anticipées ont entraîné un grand désarroi dans les écoles concernées et de grandes interrogations dans les autres. D’autant que les atermoiements autour du refus initial des temps partiels ont semé davantage de confusions dans l’organisation des écoles. Et que dire des 32 postes RASED « rendus » l’an dernier dont la disparition se fait déjà sentir dans toutes les écoles où les enseignants spécialisés n’interviendront plus ?...

 

Dans les collèges du Rhône, c'est statistiquement pratiquement un poste d'enseignant qui était supprimé pour un élève en moins: le hiatus est béant. Dès le jour de la rentrée, 2/3 des professeurs remplaçants étaient déjà nommés en poste à l'année, laissant planer de fortes inquiétudes sur les capacités de remplacement durant l'année, notamment en S.V.T., Technologie ou Mathématiques. Plusieurs postes restent à ce jours non-affectés, et les professeurs sont soumis à des pressions grandissantes pour accepter des heures supplémentaires; les acrobaties gestionnaires se multiplient, avec des compléments de service sur 3 voire 4 établissements, des professeurs accédant à la hors classe et qui se retrouvent à la veille de leur retraite à devoir enseigner comme remplaçants en établissements d'éducation prioritaire, etc... L'offre scolaire s'en trouve rognée: les enseignements de découverte faisant la richesse des établissements sont supprimés si les enseignants n'acceptent pas de les faire en heures supplémentaires, les moyens ne sont pas maintenus dans les collèges souffrant de l'allègement de la carte scolaire, alors même qu'aucune évaluation sérieuse n'a toujours été faite du dispositif,...

 

Quant à la scolarisation des élèves handicapés, dans le 1er comme dans le 2nd degré, la présence de personnels précaires, non formés, est loin de correspondre aux besoins des élèves et des écoles, voire aux notifications souvent insuffisamment honorées ! Le besoin de formation des enseignants à la prise en charge des élèves handicapés est une nécessité toujours éludée.

 

La précarité, pour la prise en charge des élèves avec handicaps, pour assurer les heures d'enseignement en remplacement de professeurs titulaires ou pour organiser les vies scolaires, la précarité semble le nouveau mot d'ordre de l'Education Nationale, son seul projet.

 

Loin des discours lénifiants et oublieux des interpellations et propositions de l’an dernier, la F.S.U. et la F.C.P.E. déplore une nouvelle fois une rentrée avec des moyens sans cesse restreints et surtout l’abandon de nos élèves les plus en difficulté. La politique éducative nationale, dans notre département comme ailleurs en France, doit être réorientée sans délai pour que l’Ecole permette enfin la réussite de TOUS nos élèves, de TOUS nos enfants.

 

 

 

Par Stéphane GOMEZ - Publié dans : Education
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Dimanche 27 septembre 2009
Fausse victoire de Merkel, vraie faillite du SPD

Sylvain Lapoix - Marianne | Dimanche 27 Septembre 2009 à 19:48

Avec le 2è plus mauvais score de l'histoire de la CDU, Merkel remporte les élections au Bundestag, suivie par un SPD exsangue. Gilbert Casasus, professeur à l'université de Fribourg, décrypte les résultats qui confirment la perte de repère politique en Allemagne au profit de la gauche... et surtout des libéraux !

Marianne2.fr : Ce dimanche, la CDU affiche un score de 33% aux élections du Bundestag, très en dessous des estimations (qui le plaçait entre 38 et 41) mais qui place tout de même le parti de la Chancelière en tête du scrutin. Quel bilan tirer de ce résultat pour Angela Merkel ?
Gilbert Casasus : Madame Merkel a prouvé qu'elle pouvait gagner des élections en perdant ! Ce n'est pas un bon score mais elle gagne les élections grâce à l'écroulement des sociaux-démocrates. La CDU et le SPD ont perdu mais, comme c'est la SPD qui a le plus perdu, Merkel gagne son pari de gouverner avec les libéraux. Les deux grands partis qui ont été les formations phares depuis 1949 ont fait l'un des pires scores de leur histoire.

« Avec la CDU et le SPD, ce sont les piliers du système fédéral
tel qu'il s'est construit depuis 1949 qui s'effondrent. »

Ces piliers du système fédéral perdent pied. La CDU aurait le 2è plus mauvais score, après 1949. Le SPD, lui, fait le plus mauvais résultat depuis sa création ! Il y a une perte totale de repères politiques, c'est un tremblement de terre. On le savait depuis un bon bout de temps : depuis 2005, on a déjà vu ce phénomène. Schröder gagne en 1998 avec 40% : son parti a vu son score fondre. Ces élections marquent un tournant extrêmement important pour l'Allemagne.

A l'opposé de ces deux résultats en dessous des prévisions, les libéraux marquent des points : avec 14,5% des voix, c'est le troisième parti de ces élections. Comment leur score peut-il influer sur la politique allemande ?
Les libéraux sont les grands vainqueurs ce soir, ce qui est d'autant plus surprenant que, en pleine polémique sur les dérives du capitalisme, ils incarnent le libéralisme le plus entier. Le FPD a toujours été d'obédiance néolibérale, même s'il a modéré son discours, notamment pendant cette campagne. Cette victoire aura une importance considérable dans le gouvernement à venir : Mme Merkel est restée prudente alors que Guido Westerwelle, chef du FPD, a demandé des baisses d'impôts importantes. Nous ne sommes plus au temps d'Helmut Kohl, où la CDU dominait nettement, nous sommes dans un rapport de force 33-14. Mme Merkel devra donner raison aux libéraux sur certains points, notamment sur la politique fiscale.

« Merkel sera obligée de donner raison aux libéraux sur certains points,
notamment sur les baisses d'impôts. »

Or ces choix risquent d'entrer en contradiction avec les conclusions du G20 ou, plus frontalement, avec la politique des voisins européens : que vont devenir les critères de Maastricht si l'Etat fédéral laisse filer les déficits publics et réduit les impôts ? Quant à l'euro, si le dollar n'était pas aussi affaibli, il serait la seconde victime d'un tel virage dans la fiscalité allemande.

En quatrième position, la formation de gauche Die Linke, d'Oskar Lafontaine, réalise également un bon score, avec 13% des voix. Quelles conséquences cela peut-il avoir sur la gauche allemande ?
Le score de Die Linke préfigure la remise en cause totale de la stratégie du SPD : leur stratégie politique interne, la gestion des Länder... tout est bousculée pour les sociaux-démocrates ! C'est la fin de l'ère Schröder. Le maire de Berlin, Klaus Wowereit, qui fait alliance avec la Linke, vient de prendre la parole pour dire qu'il faut changer de politique : cette aile gauche va forcément monter. Pour beaucoup d'électeurs allemands, elle incarne la gauche sociale : les premiers chiffres montrent que c'est le parti le plus plébiscité par les chômeurs.

« La Linke révèle l'effondrement du SPD :
les socio-démocrates vont essayer de regagner ces voix et l'aile gauche du parti va en être renforcée. »

La Linke a bénéficié des faiblesses sociales du SPD. Or, désormais, les sociaux-démocrates ne vont avoir de cesse que de récupérer les électeurs partis à gauche. Ils ont payé très très cher les lois antisociales de 2002-2003, quand Schröder a eu à faire face à des déficits abyssaux. En cela, il n'a fait que payer la réunification. En Autriche, le même phénomène s'est produit, où les sociaux-démocrates ont perdu 12 à 13 points. Il y a des parallèles avec la crise du PS en France : quelles réponses donne la social-démocratie au citoyen européen face à la crise ? Elle n'en donne pas beaucoup et seul le SPD et le PS ne l'ont pas compris.

La crise a-t-elle beaucoup joué dans l'effondrement du SPD, qui est l'élément central de ce scrutin?
En Allemagne, il y a eu une perception différente de la crise par rapport à l'autre côté du Rhin. En France, une demande est apparue, relayée par l'UMP, de mettre fin aux abus du capitalisme, d'essayer de limiter ses effets négatifs... En Allemagne, c'est un égoïsme social qui a émergé : « tant que je ne suis pas touché par la crise, tout va bien ». Nous avons eu là un glissement personnel et politique vers un replis sur soi. Une anecdote : en juillet, j'étais à Munich, la ville la plus riche d'Allemagne. Dans la zone piétonnière, j'ai été dans une enseigne de grand magasin célèbre : la boutique était dans un état pitoyable, digne de l'Allemagne de l'Est ! Il risquait de fermer. J'ai demandé à une vendeuse ce qu'il en était de son avenir : elle m'a dévisagé comme si je l'avais insulté, me jetant des reproches au visage, elle croyait que je me moquais d'elle, de sa situation. C'est ça l'égoïsme social !

« La réaction a la crise en Allemagne a été très différente de la France :
il s'y est développé un égoïsme social. »

 Vingt ans après, le Mur n'en finit pas de tomber Au final, dans cette élection, ceux qui n'ont pas eu de profil clair ont perdu : le SPD, la CDU et les Verts. A l'inverse, die Linke et les libéraux se sont affirmés en marquant leur différence. Merkel ne s'est pas du tout imposée, contrairement à ce qu'on pouvait attendre d'un Chancelier sortant : elle a fait deux points de moins que quand Kohl a perdu les élections. Elle est peut-être la femme la plus puissante du monde pour le magazine Forbes (et aussi pour l'Express, ndlr) mais, avec un résultat pareil, elle va surtout être une femme très faible dans sa coalition.
Par Stéphane GOMEZ - Publié dans : Europe
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Jeudi 10 septembre 2009
"La fin du paradigme néo-libéral et la crise structurelle du capitalisme"
Intervention de Laurent FABIUS au Forum des Progressistes (Chili),
ouvert par Mme la Présidente Michelle BACHELET JERIA


10 septembre 2009


Madame la Présidente, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Chers amis,

Un chiffre résume l’année de crise que le monde vient de vivre : depuis l’été 2008, selon un organisme associé à l’ONU, les gouvernements ont consacré neuf fois plus d’argent pour soutenir les banques et les institutions financières que le monde n’en avait dépensé, en un demi-siècle, pour aider les pays pauvres.

A quelques jours du G20 de Pittsburgh, nous sommes à un tournant : ou bien les gouvernements, s’appuyant sur les sociétés civiles nationales et les institutions multilatérales, négocient le virage pour mettre le monde sur la voie d’un autre modèle de développement ; ou bien ce tournant est en réalité ignoré, l’ancien chemin finalement préféré et alors l’humanité risque de foncer « vers l’abîme » comme l’a dit récemment le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.

Ce tournant de la crise, ce tournant de l’histoire, s’inscrit dans un double paradoxe.

La crise - avec son impact financier social, écologique, industriel, agricole et territorial - est profonde mais les solutions mises en œuvre pour la combattre sont, pour le moment, parcellaires. A quelques jours du nouveau rendez-vous du G20, souvenons-nous des promesses faites à Londres, il y a six mois : les annonces faites n’ont pas beaucoup été suivies d’effets concrets.

La disqualification de la droite néo-libérale est pour le moment plus idéologique que politique. Le triptyque tant commenté de l’Ecole de Chicago - déréglementation, privatisation, financiarisation - apparaît désormais pour ce qu’il est : une impasse pour le développement humain. Et pourtant, dans les urnes et en tout cas en Europe, la crise profite pour l’instant surtout aux partis conservateurs, tandis qu’aux Etats-Unis, malgré l’élection très positive de Barack Obama, les vieux réflexes demeurent comme en témoignent les réticences de l’administration américaine à encadrer strictement les pratiques de Wall Street.

Sous des formes qui varient selon les continents et les identités nationales, la crise met aussi en cause la matrice intellectuelle de la gauche. L’exigence environnementale, la mondialisation, la révolution de l’information et du numérique, le boom démographique, l’émergence d’un Sud et la déshérence d’un autre, la montée en puissance de l’Inde et surtout de la Chine - nous voyons finir sous nos yeux un monde ancien et apparaitre un monde nouveau que nous, femmes et hommes de progrès, avons été les premiers à entrevoir.

Nous devons montrer que le socialisme démocratique, la gauche, les progressistes portent des valeurs indispensables à la construction d’un nouveau modèle de développement et préciser quel modèle. Je suis heureux de pouvoir porter ce message devant vous, en Amérique Latine où la vigueur des idées progressistes est aujourd’hui particulièrement forte et féconde.

1) AUX ORIGINES DE LA CRISE DU SYSTEME, LES INEGALITES

Le capitalisme s’est construit sur trois piliers : la propriété privée des moyens de production et d’échange, l’utilisation économique des mécanismes du marché, l’application de ce marché au travail à travers le salariat. La propriété privée des moyens de production devait créer de la richesse en abondance ; le marché devait garantir l’équilibre entre production et consommation ; le marché du travail devait assurer le parallélisme entre hausse de la productivité et hausse des revenus.

Les crises économiques que le monde a traversées depuis un siècle, dont la fréquence et la violence se sont accrues depuis 1974, ont montré les limites de chacun de ces compromis. Beaucoup d’Etats, à des échelles différentes et avec des méthodes différentes, ont mené des politiques d’ajustement pour corriger les dysfonctionnements du système. C’est d’ailleurs dans l’exigence de redistribution, le troisième compromis entre capital et travail, qu’est née puis s’est consolidée la social-démocratie.

Le caractère inédit de la crise actuelle réside dans cette singularité et cette brutalité : pour la première fois, les trois compromis historiques du capitalisme tempéré par la social-démocratie sont remis en cause simultanément.

Premier élément : la confiscation des profits et de la richesse. Au début des années 1980, le monde connaît un tournant historique : pendant que se structure un marché mondial, les grands acteurs du capitalisme historique - Etats-Unis, Europe occidentale, Japon - constatent qu’ils perdent la maîtrise des ressources naturelles. La Russie et le Golfe exploitent l’essentiel des ressources énergétiques. L’Amérique du Sud cultive la majorité des matières premières alimentaires. La Chine et l’Inde abritent la plus grande part de la force de travail. Ne contrôlant plus les clés de leur expansion, les pays capitalistes historiques, emmenés par le duo Reagan-Thatcher, ont construit un modèle de rentabilité pour eux et de dépendance pour le reste du monde : l’économie financière, qu’ils situent symboliquement à New York et à Londres.

La période 1980-2008 a été marquée par une hausse massive des profits. Longtemps, cet accroissement de la richesse mondiale a servi d’argument-massue aux conservateurs et aux néo-libéraux. L’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt l’avait résumé à sa façon : « les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emploi d’après-demain ». Une étude plus fine de la réalité économique aurait permis de comprendre ce que la crise nous enseigne aujourd’hui : l’augmentation constante du taux de profit depuis 1980 ne s’est pas accompagnée d’un accroissement proportionnel des biens, des services, des infrastructures ou des innovations sur la même période. La richesse produite depuis trente ans n’a pas été investie prioritairement au service de l’intérêt général. Durant cette période, on a surtout enregistré une croissance exponentielle des profits bancaires et des dividendes.

On dira à juste titre que la sphère financière, émancipée de l’économie réelle, a aspiré la rentabilité de l’économie productive en bénéficiant de l’extraordinaire afflux de liquidités créées par la croissance économique nouvelle des pays émergents. A travers la création d’instruments et de produits financiers sophistiqués, la finance a complexifié et allongé le circuit économique garantissant une rentabilité croissante. Cette analyse est juste mais insuffisante.

C’est le deuxième élément : la dérégulation financière n’aurait pas pris une telle ampleur si elle ne s’était pas appuyée sur un creusement des inégalités. La crise actuelle est, du départ à l’arrivée, une crise de la redistribution des richesses. A l’origine de la crise, se trouve la tension entre le capital et le travail pour le partage de la valeur ajoutée. La déréglementation des mouvements de capitaux décidée par les pays occidentaux a profité du faible coût du travail dans les nations émergentes pour réorienter la production industrielle mondiale vers ces pays. Pendant que les systèmes de protection sociale (santé, retraite, droit du travail) étaient affaiblis, les salaires ont été déconnectés de l’évolution de la productivité du travail. En un quart de siècle, la part des salaires dans la richesse globale a diminué de dix points tandis que l’écart salarial entre riches et pauvres n’a cessé de croître. L’économie de marché est devenue une véritable société de marché.

L’exemple des subprimes est démonstratif. Affaiblis par leur déficit du commerce extérieur, le dumping monétaire et la concurrence sociale que leur livraient les nations émergentes, les Etats-Unis décidèrent il y a une dizaine d’années de soutenir leur marché intérieur en stimulant la consommation. Or, les ménages les plus fragiles mais aussi les classes moyennes, asphyxiées par la relative faiblesse des salaires et par un système de protection sociale inégalitaire, ne disposaient pas de revenus suffisants. Pour alimenter la croissance, les Américains ont choisi la dette, le dopage par le crédit. Les banques, aidées par les politiques de baisse des taux de la FED après le 11 septembre, ont prêté à tour de bras. Tout le monde n’y trouvait-il pas son compte ? Les ménages modestes devenaient propriétaires malgré leurs faibles ressources. Les banques vivaient des intérêts sur des prêts gagés par la valeur des acquis et non par leurs fonds propres. Quand la valeur des acquis (essentiellement immobiliers) a commencé à stagner voire à baisser, quand la bulle spéculative a éclaté, le système a déraillé : les ménages n’ont pas pu rembourser tandis que les banques ont perdu de l’argent à la vente sur les acquis récupérés... La recherche de la rentabilité financière maximale à court terme a donc été un conducteur de l’effondrement du système.

Cette crise montre le sacrifice de l’intérêt collectif - celui de l’humanité d’aujourd’hui et de demain dans son environnement - à la toute-puissance du marché. C’est la grande leçon de la crise : bien des choses que l’on croyait devoir garder privées exercent une trop grande influence sur le bien-être collectif pour ne pas être socialisées, d’une manière ou d’une autre. En témoigne la concomitance de plusieurs crises qui se renforcent. La crise écologique provoquée par une économie non maitrisée provoque le gaspillage naturel et maintient les intérêts d’une couche dominante plus riche et plus irresponsable que jamais face aux risques. Le crédit est devenu le fondement de notre modèle de consommation : on emprunte à la nature ce que l’on ne pourra jamais lui rendre. Crise énergétique : les pays producteurs de pétrole spéculent sur la fin des réserves mondiales, et une partie des habitants du monde ne dispose pas du carburant dont ils ont besoin pour produire et se nourrir, alors même qu’aucun nouveau modèle de croissance n’a été pensé collectivement. Le gaz alimente les tensions notamment entre la Russie et ses voisins. L’eau est au cœur des conflits d’Afrique et du Proche-Orient. Crise alimentaire : les sols d’Asie et d’Afrique sont ravagés par les bouleversements climatiques. L’Amérique Latine souffre du quasi-triplement du prix du pétrole depuis 2003. En 2009, selon la Banque Mondiale, un milliard de personnes, un sixième de la population du monde, connaît une famine chronique.

Si la crise ébranle les bases du capitalisme poussé à l’excès par les dogmes néolibéraux, elle ébranle aussi quelques-unes des certitudes des progressistes et conduit à changer notre modèle de développement. Les leçons de la crise de 1929, qui diffère à bien des égards de celle que nous traversons actuellement, sont utiles. Une crise économique se distingue d’un simple accident économique par la façon dont le système reçoit les mesures mises en place pour le soigner. Les mesures de redressement décidées par les Etats-nations ou le G20 ont, pour la plupart, une pertinence immédiate : sauvegarde de l’épargne de millions de familles par le soutien aux banques, aides alimentaire d’urgence dans les pays les plus pauvres, protection du système de santé et de retraites, aides aux exploitants agricoles ou aux petits commerçants. Il reste qu’à terme plusieurs de ces décisions nourrissent la crise. A une crise mondiale de la dette, les gouvernements ont répondu par un endettement supplémentaire. La puissance publique a socialisé une énorme dette privée. Face à un excès de liquidités provoqué par les banques privées, les banques centrales ont réagi par la création monétaire. Le FMI a pris le relais en annonçant qu’il allait distribuer près de 300 milliards de dollars de DTS à ses Etats membres. C’est une mesure nécessaire à destination des pays qui en ont le plus besoin. Mais c’est une mesure d’urgence dans un système inchangé, non l’émergence d’un nouveau modèle.

2) L’ESQUISSE D’UNE REGULATION MONDIALE, LES LEVIERS D’ACTION DE LA PUISSANCE PUBLIQUE NATIONALE

Les autorités politiques et économiques ont mis du temps à saisir la vraie nature de la crise. Il a fallu attendre le printemps 2009 pour entrevoir les premières réponses globales.

Aujourd’hui, chaque frémissement de l’activité suscite l’optimisme des gouvernements. Le taux de chômage américain augmente moins vite que les derniers mois, ce qui annoncerait le retour de l’emploi. Le taux de croissance européen a augmenté de 0,5% sur le dernier trimestre et on conclut au retour de l’activité. Nous le souhaitons, bien sûr, mais on oublie que l’activité économique est portée à bout de bras par les pouvoirs publics nationaux et que cela est provisoire. La FED et, dans une moindre mesure, la BCE mènent des politiques monétaires d’une agressivité jamais vue en plafonnant leurs taux directeurs en dessous de 1%. Depuis juin 2008, les Etats-Unis ont injecté 11 points de PIB supplémentaires dans l’économie. La Banque des Règlements Internationaux estime que le montant total des plans de relance représente 5% du PIB mondial.

La reprise a besoin de lucidité : le redressement de l’économie mondiale, fondé sur la réactivité des Etats, reste fragile. Aux Etats-Unis, le traumatisme des crédits hypothécaires a conduit à une augmentation significative du taux d’épargne qui aura nécessairement des conséquences sur la consommation et la croissance. La Chine devra réorienter sa production vers son marché intérieur - ce que les entreprises américaines et européennes vont douloureusement ressentir. L’Amérique Latine, avec un chômage de 27% en 2009 et 150 millions de sans emplois de moins de 25 ans, souffre de la hausse du prix des matières premières et de la baisse de la demande mondiale.

L’action des Etats a été rapide et forte - c’est une grande différence avec 1929. Mais il faut consolider cela et surtout bâtir et réussir l’après crise. C’est ici que les forces de progrès ont un rôle historique à jouer. L’enjeu est de passer de l’économie du tout marché corrigé nationalement a posteriori par la redistribution, à l’économie sociale et écologique de marché régulée mondialement a priori.

Dire la vérité sur la crise, c’est admettre qu’elle est celle des déséquilibres mondiaux et des égoïsmes des nations les plus puissantes. Le train de vie américain est financé depuis trop longtemps par le reste du monde. L’abondance monétaire des années 2000 s’explique, en partie, par une épargne mondiale constituée de réserves de change qui ont triplé en huit ans. La Chine, qui en possède plus du quart, a maintenu depuis dix ans une sous-évaluation de sa monnaie afin d’être hyper-compétitive à l’export. Entre la FED (qui maintient un taux d’intérêt très bas pour favoriser la consommation des ménages américains), la BCE (qui fixe un taux d’intérêt plus haut pour éviter l’inflation) et le gouvernement chinois (qui oriente sa monnaie pour favoriser l’épargne), la crise était annoncée. Aujourd’hui, au moment où les centres de décisions se réorientent vers les pays émergents, où un G2 Chine-Etats-Unis risque de se dessiner, l’urgence d’une régulation mondiale est particulièrement forte.

« Là où naît le péril, croît aussi ce qui sauve », écrivait le poète Hölderlin. La crise aura eu, au moins, le mérite de mettre en lumière le manque de coordination entre les Etats. En Europe, organisation supranationale la plus aboutie, nous avons été incapables de coordonner vraiment nos plans de relance et d’harmoniser nos politiques sociales et fiscales. Les grandes puissances mondiales ont enfin compris la nécessité d’élargir le cercle de décisions à travers la création du G20 - même si l’Afrique reste dramatiquement sous-représentée. Le mythe de l’autorégulation marchande est tombé, mais on ne peut pas se contenter d’une régulation politique par à-coups. Le G20 constitue une avancée, mais l’ordre du jour du prochain G20 de Pittsburgh et les déceptions probables qu’il va apporter montrent les limites d’une institution ponctuelle. Personnellement, je crois que ces réunions ne changeront pas en profondeur la donne, que les leçons ne seront pas assez tirées, qu’une concentration bancaire et financière plus forte risque même d’en résulter, et qu’on vivra -provisoirement - sur l’illusion que presque tout peut continuer comme avant.

Le monde dispose, d’une multitude d’agences de régulation dans tous les domaines (OMC, BIT, OMS, FMI). Cette dispersion nuit à l’efficacité et à la clarté des normes qu’elles produisent. Nous avons besoin d’un Conseil de Sécurité économique pour arbitrer les éventuels conflits normatifs entre ces agences. Nous ne pouvons pas nous contenter de réunir ce Conseil ponctuellement ou de le soumettre, à l’image du G20, à la pression de l’actualité. Multilatéral par définition, ce Conseil de sécurité économique doit aussi être permanent et se voir confier une autre mission : être l’institution productrice de normes qui s’imposent à tous, qui dispose des moyens de contrôler leur application et de mener des politiques coordonnées - au premier rang desquelles l’instauration d’une fiscalité internationale sur les transactions financières consacrée prioritairement à l’aide aux pays pauvres.

Seule institution politique à vocation universelle, l’ONU doit jouer ce rôle en lien avec le FMI. Celui-ci doit jouer le rôle de régulateur économique mondial. L’universalité de la régulation économique serait ainsi plus effective. Les décisions monétaires ne seraient plus séparées des politiques financières, commerciales, économiques, écologiques, sanitaires, alimentaires, stratégiques. Je connais les réticences que cette proposition peut engendrer, en particulier en Amérique Latine qui a souvent souffert des décisions d’un FMI plus incendiaire que pompier. Plusieurs préalables sont indispensables. Les organes de décisions du FMI ne donnent pas aux pays membres l’opportunité d’être représentés équitablement : ce fonctionnement inadapté doit être repensé. Le droit de vote doit être rééquilibré. Autre obligation : revoir le rôle du FMI afin qu’il devienne l’instance où les autorités nationales s’accordent sur les réformes économiques et financières à accomplir. Celui-ci doit pouvoir disposer des moyens d’être vraiment le prêteur en dernier ressort. Ses ressources, actuellement insuffisantes, doivent être accrues. Il devra contrôler strictement la fluctuation des taux de change au lieu que l’ensemble du système soit soumis la domination du dollar. Le FMI - ou un organisme associé - devra enfin disposer des moyens d’un contrôle juridictionnel à l’échelle mondiale pour parvenir à une définition commune, puis une sanction partagée des paradis fiscaux, et opérer une vraie traçabilité financière.

La sécurité du monde et sa prospérité sont intimement liées. Comment imaginer, d’une part, un nouveau Conseil de sécurité économique multipolaire et, d’autre part, un Conseil de sécurité stratégique, militaire hérité de la deuxième guerre mondiale ? Il est temps pour les Américains et les Européens d’admettre que Yalta est révolu. Afghanistan, Iran, Pakistan, mais aussi Moyen et Proche-Orient, aucune de ces questions ne saurait se résoudre efficacement et pacifiquement sans l’Afrique noire, sans l’Amérique latine, ni sans l’Europe. C’est pourquoi nous devons plaider pour un élargissement du nombre des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU afin qu’il représente les cinq continents plutôt que cinq nations exclusivement.

3) VERS UN INTERNATIONALISME SOCIAL-ECOLOGIQUE

Le tournant libéral des années 1980 marque aussi - il faut le reconnaître - une césure dans l’histoire du mouvement socialiste et progressiste. Face à la crise, la gauche moderne doit évoluer vers un « internationalisme social-écologique ».

En 1917, les socialistes républicains en France, les sociaux-démocrates en Allemagne et en Europe du Nord, d’autres encore, ont été les premiers à percevoir le rouge du sang derrière le rouge du drapeau de la Révolution léniniste. Entre révolution par la violence dans la rue et réforme par la loi et les urnes, nous avons choisi. La gauche de gouvernement est née alors, revendiquant le respect des libertés individuelles et le pluralisme des opinions.

Dans les années 1950, la doctrine socialiste, productiviste et redistributrice, s’est confrontée à l’extraordinaire croissance portée par la reconstruction de l’après-guerre. Le fordisme avait révolutionné les manières de produire, de consommer, de travailler. La collectivisation des moyens de production et la planification des politiques étaient bousculées par l’économie de marché, créatrice de richesse rapide et abondante. Le socialisme démocratique a accompagné cette évolution, créé et renforcé l’Etat Providence et ses compromis : systèmes de protection sociale, hausse des salaires, droits des travailleurs, représentation syndicale, massification de l’accès à l’éducation, etc. Le mouvement ouvrier a été alors porté par la force des avancées politiques et sociales et par l’unité du mouvement politique et du mouvement syndical.

Dans les années 1980, le socialisme démocratique n’a pas vraiment réussi ce qui aurait dû être sa troisième refondation. Le néo-libéralisme s’est lové dans l’internationalisation du capital pendant que la gauche restait bloquée dans des outils nationaux insuffisants. Chômage, pauvreté et déficits ont grippé l’Etat-Providence. Les compromis entre capital et travail, Etat et société, collectif et individu, sont devenus surtout défensifs, souvent perçus par notre base sociale comme contre-productifs. La mondialisation et la financiarisation, les menaces sur l’environnement, l’individualisation du corps social - tous ces facteurs ont heurté plusieurs de nos analyses et de nos réponses traditionnelles. Alors que s’opère aujourd’hui l’indispensable retour de la puissance publique, alors que la mondialisation est un fait et que le péril environnemental se dresse, alors que les peuples ouvrent les yeux sur un système néo-libéral qui les a éloignés de tout projet collectif choisi, la gauche démocratique a l’occasion historique de reconstruire une espérance. Cela suppose de s’inscrire dans plusieurs dimensions en même temps.

La première dimension, c’est l’internationalisme. Les forces socialistes et social-démocrates, les forces progressistes doivent retrouver une plus forte unité. Les problèmes qui sont devant nous, et d’abord l’urgence écologique, sont tellement globaux que nous ne pourrons faire entendre une voix nouvelle que si nous sommes rassemblés. Cela peut prendre la forme de forums mondiaux réguliers, de manifestations comme celle-ci qu’ils faudra démultiplier, de recherches menées conjointement par des chercheurs de différentes régions ou même - au-delà de l’Internationale Socialiste - de la création d’un parti socialiste mondial qui, à l’image du Parti Socialiste européen, serait chargé de tous nous représenter. L’internationalisme, c’est aussi l’union, autant que possible, de la gauche politique et de la gauche syndicale qui partage avec nous la volonté de remettre les salariés au centre des décisions économiques. L’internationalisme, pour la gauche, ce doit être le souci de l’universel appuyé sur le progrès local. Alors que la mondialisation, pour la droite, c’est l’uniformisation appuyée sur le global. Sur quelles bases et quel projet ? L’Amérique Latine ouvre, à bien des égards, le chemin. Depuis la victoire du président Chávez au Venezuela en 1998 jusqu’à la plus récente élection du président Mauricio Funes au Salvador en mars dernier, en passant par la victoire de la Présidente Michèle Bachelet ici-même, de nombreux pays sud américains ont porté au pouvoir, dans des conditions différentes, des organisations de gauche. Bien sûr, les partis sont hétéroclites, les situations nationales différentes, les leaders eux-mêmes portent des projets aux orientations parfois divergentes et aux méthodes souvent distinctes - c’est un euphémisme. Reste que par-delà cette diversité, des éléments communs apparaissent : le rôle assumé de la puissance publique pour protéger les personnes les plus fragiles des excès de la marchandisation ; la volonté de mettre en place un partage des richesses plus équitable, respectueux des hommes, des terres, des savoir faire ; la construction de systèmes d’éducation et de santé et de protection sociale qui ne laisse personne au bord de la route ; l’égalité réelle entre les sexes ; une volonté farouche d’émancipation et d’indépendance vis-à-vis des empires et l’aspiration à une mondialisation multipolaire. Ces combats ne sont pas étrangers à la relative bonne tenue des économies sud-américaines durant cette crise comparée aux désastres sociaux que nous connaissons en Europe et aux Etats-Unis.

La deuxième dimension des progressistes, c’est l’exigence environnementale. L’homme est en situation de détruire la planète, donc lui-même. Vivre, c’est survivre : voilà la grande donnée de ce début de 21ème siècle. Aujourd’hui, 20% des habitants de la planète accaparent 90% de la consommation mondiale. Outre la préservation des écosystèmes et des ressources, la question écologique prolonge la question sociale puisqu’elle concerne avant tout les personnes, les quartiers, les régions, les pays, qui étaient déjà le plus en difficulté. La toute puissance du marché qui ne reconnait que le monétaire et le court-terme, est incompatible avec la nécessaire prise en compte environnementale. Les gouvernements et les partis socialistes et progressistes, dès la réunion de Copenhague à la fin de l’année, devraient proposer un véritable projet écologique à l’échelle nationale et au plan mondial. A l’échelle nationale, c’est par exemple l’enjeu de la fiscalité écologique, indispensable pour changer les modes de consommation comme de production. C’est le besoin d’investissements publics dans des infrastructures éco-responsables (transports collectifs ou individuels propres, énergies renouvelables...). C’est le financement de la recherche dans les technologies d’avenir. A l’échelle internationale, le projet d’Organisation Mondiale de l’Environnement, autorité de régulation écologique indépendante, doit aboutir. L’OME, qui agira en relation étroite avec l’OIT, devra s’imposer devant l’OMC pour toute question commerciale qui implique des enjeux environnementaux. Elle devra pousser notamment à la redéfinition de l’eau en tant que bien public mondial ou à la propriété publique des semences agricoles par la création de normes s’imposant aux Etats ou aux multinationales.

La troisième dimension, qui est trop souvent négligée par la gauche, c’est la notion d’individu. Notre ambition est collective, notre projet est global mais nous ne pouvons pas ne pas prendre en compte l’individualisation de nos sociétés. L’égalité est notre horizon mais l’uniformité n’est pas notre aspiration. C’est la leçon que nous tirons des dérives totalitaires subies à partir de l’aspiration magnifique à l’égalité. Nous, progressistes, ne prônons pas l’effacement des différences, des identités, des talents. Notre projet est celui d’une égalité émancipatrice qui permette aux individus de construire leurs vies avec les mêmes chances. Voilà un clivage majeur qui nous sépare des conservateurs néo-libéraux : pour nous, les individus ne sont pas les supports d’un système marchand qui en exclut certains pour en choisir d’autres. L’éducation et la culture sont à la base de notre projet. Cela nous distingue de l’individualisme désagrégateur et de l’étatisme totalitaire.

Madame la Présidente, chers amis, au 21ème siècle nous avons compris que le monde est lui-même mortel. La crise que nous vivons en est la manifestation. A nous, progressistes, ensemble, de faire naître ce que j’appelle une nouvelle approche internationale social-écologique. Face au capitalisme global, c’est un horizon mobilisateur.
Par Stéphane GOMEZ - Publié dans : Capitalisme
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Jeudi 3 septembre 2009
La Rochelle : discours offensif de Martine Aubry


NOUVELOBS.COM | 31.08.2009 |


La Première secrétaire du Parti socialiste a conclu l'université d'été de La Rochelle avec un discours d'une heure et demi incisif envers le gouvernement. Elle a aussi mis en avant des valeurs à mettre en place d'ici à 2012.

Martine Aubry lors de la clôture de l'université d'été du Parti socialiste à La Rochelle (Sipa) Martine Aubry lors de la clôture de l'université d'été du Parti socialiste à La Rochelle (Sipa) Martine Aubry a prononcé dimanche 30 août, en clôture de l'université d'été du Parti socialiste à La Rochelle, un discours offensif contre Nicolas Sarkozy, vers qui elle a décoché de nombreuses flèches. Elle a tracé par ailleurs une feuille de route pour les régionales de l'an prochain et la présidentielle 2012. La patronne du PS juge qu'il faudra proposer aux Français "un autre système de valeurs" et que c'est sur ces valeurs que le scrutin se jouera.

Ferme sur le licenciement abusif

Martine Aubry, qui a de nouveau vivement critiqué le paquet fiscal, a notamment proposé une "mise sous tutelle" par la justice des entreprises bénéficiaires qui licencient des salariés d'établissements rentables. L'administrateur judiciaire pourrait "gérer l'entreprise le temps nécessaire pour faire cesser des pratiques contraires aux intérêts de l'entreprise et de ses salariés", a-t-elle expliqué en dénonçant également "le pillage d'entreprises françaises au nom de la rentabilité économique", évoquant les luttes à New Fabris, Molex, Continental, Freescale, Nortel ou encore SKF.

Réclamant un soutien du pouvoir d'achat, Martine Aubry a aussi demandé à Nicolas Sarkozy de décider un remboursement de 200 euros de TVA "pour les 16 millions de ménages modestes non imposables qui n'ont pas bénéficié du remboursement des 2e et 3e tiers de l'impôt sur le revenu". Elle lui a aussi demandé de ne pas supprimer les allocations familiales pour les enfants majeurs de plus de 20 ans alors que la rentrée s'annonce "très difficile", surtout pour les jeunes diplômés.

"D'un côté la reprise financière, de l'autre la crise populaire"

Dans un discours de plus d'une heure et quart, la patronne du PS s'est également montrée mordante sur les bonus et le contrôle des fonds publics accordés aux banques en difficulté. Si le chef de l'Etat a tenu beaucoup de discours sur le sujet, "aujourd'hui, toujours rien, toujours rien, toujours rien", a-t-elle déploré.

Alors que les Français sont "scandalisés par les bonus à répétition", la "profitation" et le libéralisme financier qui se poursuit, Martine Aubry a dit voir "d'un côté la reprise financière, de l'autre la crise populaire". Annonçant le lancement d'une campagne des socialistes européens pour plus de régulation financière à l'approche du G-20 de Pittsburgh, la patronne du PS a de nouveau plaidé pour une loi plafonnant les écarts de rémunération, interdisant les parachutes dorés et les stock-options, sauf pour les entreprises naissantes.

L'écologie au cœur de La Rochelle

Après l'échange un peu acide entre Ségolène Royal et Cécile Duflot sur la taxe carbone, Martine Aubry a déclaré qu'elle ne voulait pas de cette taxe "telle qu'elle est envisagée par l'UMP", la jugeant "inefficace sur le plan écologique" et "injuste socialement".

En matière de transports publics, elle a proposé un "grand plan de transports carbone zéro", que l'Etat et les régions financeraient à parité. L'un des objectifs serait de "faire en sorte que le transport domicile-travail coûte moins d'un euro par jour à tous les Français".

La réforme des collectivités, une "honte pour la démocratie"

Enfin, la Première secrétaire du PS a tiré à boulets rouges sur le "scandale" et la "honte pour la démocratie" que constitue à ses yeux le projet de réforme des collectivités territoriales, qui pourrait unifier conseil généraux et régionaux. "Les conseillers territoriaux seraient en effet élus à la proportionnelle dans les agglomérations urbaines là où la gauche est majoritaire -donc la droite aura sa part- et seront élus à la majoritaire" dans les zones rurales, là ou la droite est majoritaire.

Par ailleurs, pour elle, le projet de loi sur les collectivités locales "n'est pas une réforme, c'est une revanche" contre le PS qui gouverne la majorité des régions, départements et villes. "La réforme n'a qu'un seul but: modifier au profit de la droite les scrutins régionaux et départementaux", a-t-elle dit à six mois des régionales. "J'appelle les militants à une grande mobilisation pour défendre les collectivités locales et remporter la bataille des régionales", a-t-elle lancé.

"C'est sur les valeurs que se jouera l'élection 2012"

Se tournant vers l'avenir, notamment la présidentielle 2012, elle a jugé qu'il "ne suffira pas d'avoir quatre ou cinq mesures emblématiques" ou "un bon programme de gouvernement", mais il faudra "proposer un autre système de valeurs. C'est sur les valeurs que se jouera l'élection 2012. C'est là qu'on peut parler de projet de civilisation".

Aussi, le "grand projet de la gauche" en 2012 ne se préparera pas "à huis clos", mais en allant à la rencontre des Français. "Nous leur dirons tous simplement: devenez les activistes de notre projet. Venez avec nous. Demain, vous choisirez notre candidat, mais d'abord préparons ce grand projet", a-t-elle conclu sous les applaudissements.

(Nouvelobs.com avec AP et AFP)
Par Stéphane GOMEZ - Publié dans : Parti Socialiste
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Mercredi 19 août 2009
Touche pas à ma Poste!
L’augmentation des tarifs, 3000 bureaux de postes fermés, la distribution du courrier seulement 3 jours par semaine dans les campagnes, l’inégalité des territoires renforcée, la fin d’une banque accessible à tous, des dizaines de milliers d’emplois menacés voici quelques unes des conséquences de la privatisation de la Poste c’est pourquoi :

Le collectif « TOUCHE PAS À MA POSTE ! » demande un moratoire immédiat sur le processus de privatisation de la Poste et la tenue d’un référendum d’initiative populaire sur le sujet comme le prévoit l’article 11 de la Constitution.

Le collectif « TOUCHE PAS À MA POSTE ! » s’associe à la démarche du « Comité national contre la Privatisation, pour un Débat public et pour un Référendum ». Le collectif appelle ses signataires à participer à la « votation citoyenne » prévue le 3 octobre prochain partout en France.

Le collectif « TOUCHE PAS À MA POSTE ! » souhaite, au-delà de la question de privatisation de la Poste, que l’on puisse mener une véritable réflexion sur l’avenir des services publics au niveau européen, notamment les secteurs touchant aux droits fondamentaux des citoyens européens (éducation, santé, logement, énergie…).

Nous devons créer un rapport de force citoyen afin que les services publics, lesquels restent le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ne soient plus mis en péril !

Notre collectif est composé de citoyens, de militants politiques, associatifs et syndicaux, d'intellectuels, d'artistes...

Coordonnées

Adresse électronique :
 


Par Stéphane GOMEZ - Publié dans : Capitalisme
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Mardi 18 août 2009

Extrait de Liberation.fr.

La supercherie du supermarché :

une «claque» pour Luc Chatel

Le ministre qui engage, devant les journalistes, une discussion amicale et flatteuse avec des clientes de supermarché... Des clientes qui s'avèrent être des militantes UMP. La pratique est ancienne. Retour en arrière.

 

 

Le ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, venu vérifier les engagements de la grande

Le ministre de l'Education nationale, Luc Chatel,

venu vérifier les engagements de la grande distribution en matière de prix, le 17 août 2009. (AFP)


Excès de zèle de sympathisants ou communication réglée comme du papier à musique ? La question est posée après la visite, lundi, du ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, dans un supermarché de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne). Une promenade ministérielle anodine à la veille de la rentrée des classes. Le ministre est venu parler des «essentiels» de la rentrée, ces fournitures scolaires vendues à bas prix.

 

Déambulant dans les rayons, sous les objectifs d'une batterie de caméras et les yeux d'une cohorte de journalistes, Luc Chatel interroge des mères de famille au chariot visiblement bien remplis. Toutes sont agréablement surprises et satisfaites de l'opération. Carton plein pour le ministre? Trop beau pour être vrai. «C'était vraiment le hasard», commentera Luc Chatel.

 

Un «hasard» qui interpelle alors des journalistes présents sur les lieux. La supercherie du supermarché est révélée ce mardi matin sur les ondes par France Inter. Ce qui apparaît comme une visite de routine ne serait en fait que pure mise en scène. L'une des mères de famille est une sympathisante UMP, assure la radio, venue d'une des fédérations avoisinantes gonfler les rangées du supermarché quelque peu vide, à 11 heures du matin un 17 août. On appelle ça assurer la «claque».

Morano et le «client idéal»

Ce n'est pas la première fois que l'UMP est dénoncée pour avoir utilisé de tels stratagèmes. On se souvient de Nadine Morano, alors secrétaire d'Etat à la Famille lors d'un déplacement ministériel dans un supermarché à Marseille pour le lancement médiatique de la nouvelle allocation de rentrée scolaire (ARS). C'était il y a un an presque jour pour jour, elle était tombée sur le «client idéal». En réalité, un proche du député UMP Richard Maillé...  Les caméras de Rue 89 étaient là.

Débarquement d'umpistes

Dans un autre registre, mais tout aussi symptomatique d'une mise en scène bien orchestrée, le Canard Enchaîné dans son édition du 10 juin, rapportait qu'aux cérémonies du débarquement du 6 juin, un seul laisser-passer était nécessaire pour venir saluer dans le centre-ville de Caen l'arrivée de Barack Obama : «La carte de l'UMP». «Au centre de Caen, nul n'a le droit d'accueillir Obama, excepté les encartés UMP, triés. Etre militant sarkozyste, c'est le sésame obligatoire. Et foin de bonne éducation. Car voilà la claque UMP qui offre un splendide spectacle à Obama. Huant Philippe Duron, le maire socialiste de Caen, criant son enthousiasme à Sarko...», rapportait la journaliste Dominique Simonnot. Les exemples sont nombreux de «bidonnages» politico-médiatiques. Et dans le rôle de l'acteur, on retrouve souvent les mêmes.

 

Lors d'un déplacement à la Réunion en février 2007, Nicolas Sarkozy qui n'était alors que le ministre de l'Intérieur, avait eu droit aux fastes des superproductions. Libération était présent. «Le maire [de Saint-Paul] lui avait organisé une fiesta totalement articficielle, mais remarquable d'un point de vue mise en scène pour engranger des images. Tout était en carton-pâte sur la carte postale : les militants avaient été amenés en bus avec leurs enfants, les groupes de musiciens malgaches et tamouls sur son parcours en front de mer dûment rémunérés», écrivait, le 17 février 2007, Antoine Guiral, journaliste à Libération.  

Payés pour écouter

Le site de critique des médias, Acrimed, avait quelques années auparavant, mis en exergue ces pratiques, avec une fois encore Nicolas Sarkozy en guest star. En mai 2003, une opération de communication «24 heures pour sauver 24 vies» tourne au pastiche : 500 personnes sont payées pour écouter un discours de Sarkozy sur la sécurité routière.

 

Dans un communiqué, des figurants de cette mascarade expliquent à Acrimed : «Intermittents du spectacle, nous avons été engagé pour un contrat de figuration de deux heures. On nous avait annoncé que nous travaillerons pour un clip. Il s'agissait en réalité d'une opération pour la sécurité routière (...) Dès la signature de nos contrats, on nous a demandé de nous allonger et d'observer une minute de silence. Puis, la dernière demi-heure, les ministres Nicolas Sarkozy et Gilles de Robien sont apparus et ont entamé un discours. Nous sommes donc fondés à dire que le public de Nicolas Sarkozy était payé pour écouter.»


Une histoire qui rappelle étrangement un autre bidonnage. En 1990, Olivier Stirn, ministre «centriste» chargé du tourisme dans le gouvernement Rocard, avait rémunéré des figurants pour assurer la «claque» lors d'un colloque dans lequel intervenaient plusieurs personnalités politiques. Après ces révélations, Stirn avait été contraint et forcé... de claquer la porte.

Par Stéphane GOMEZ - Publié dans : Droite
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